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A l’approche du 11 novembre, il est toujours intéressant de lire ce que nos anciens poilus écrivaient sur leur manière de voir cette Grande Guerre. Je vous propose de lire ces écrits d’un français anonyme à “l’usage des candidats au certificat d’études”…

 

L’auteur s’adresse en ces termes aux écoliers de France:

 

“Mes Chers Amis,

Pendant quatre ans, votre père et vos grands frères ont fait la guerre. Vous avez vu plus d’une fois votre mère pleurer, parce qu’elle attendait une lettre qui ne venait pas. Vous avez vu la maison agitée et joyeuse, quand vos “poilus” arrivaient pour prendre leur permission. Peut-être êtes-vous en deuil; peut-être êtes vous un de ces orphelins de la guerre, un de ces pupilles que la nation a adoptés pour remplacer le père tombé au champ d’honneur. Maintenant la guerre est finie et, grâce aux sacrifices des vôtres, la France est victorieuse.

 

Vous n’avez pas le droit d’oublier ces choses. Vous devez connaître les principaux évènements de cette guerre qui vous a fait souffrir et d’où la France est sortie plus belle. La France, c’est la Patrie, c’est à dire une famille agrandie, dont vous êtes les enfants. Vous voudrez connaître l’histoire de cette famille et vous étudierez pieusement ces écrits que j’ai faits pour vous.

 

Ces écrits commencent par un poème:

 

Debout les Morts

 

Les “Poilus” faiblissaient; la tranchée était prise !

Hurlant des chants vainqueurs et des clameurs d’espoir,

Déjà les ennemis fonçaient dans le couloir,

Profitant de leur nombre et de notre surprise.

 

Un blessé se levait devant la meute grise,

Son front ensanglanté ruisselait d’un sang noir;

Mais comme à l’exercice, et sans plus s’émouvoir,

Il commençait le feu, puis lançait dans la brise.

 

Cet appel formidable: “A moi ! Debout les morts !”

Les mourants, unissant leurs suprêmes efforts,

Epiques, répondaient à sa voix frémissante.

 

Et le cri surhumain, par un héros jeté,

Avait galvanisé la troupe agonisante.

Pour vaincre encor, les morts avaient ressuscité.

Roger Garaud

 

Vue générale de la guerre en France:

 

Depuis longtemps, l’Allemagne, aidée de l’Autriche, préparait la guerre. Elle profita de l’assassinat de l’archiduc d’Autriche par un étudiant serbe pour déchaîner le fléau sur l’Europe. Le 31 juillet 1914, elle proclama l’état de guerre et le 3 août, elle déclarait la guerre à la France.

 

L’Angleterre, la Russie et la France avaient tout fait jusqu’au dernier moment pour éviter la guerre. Leur bonne volonté et leurs concessions furent inutiles. Traitreusement attaquée, la France se disposa à se défendre jusqu’au bout: les députés, à l’unanimité en firent le serment dans la séance du 4 août 1914.

 

Au lieu d’attaquer la France par l’Est, comme on s’y attendait, l’Allemagne commença la guerre par un crime. Elle jeta ses armées à travers la Belgique, puissance neutre, dont la neutralité avait été garantie par l’Allemagne elle-même. Mais la Belgique, au lieu de consentir au déshonneur, défendit courageusement son territoire. Et l’Angleterre qui hésitait, entra aussitôt en guerre pour protéger le droit outragé.

 

L’invasion:

 

Mais nous n’étions pas prêts pour la guerre, et nos troupes n’étaient pas préparées à repousser une invasion venant du Nord. L’Allemagne jeta sur nous 32 corps d’armée et 10 divisions de cavalerie; notre armée, trop inférieure en nombre, fut battue à Charleroi (21-26 août).

 

Le général Joffre ordonna aussitôt la retraite pour essayer de reformer son armée. En quelques jours, les allemands envahissent le Nord de la France et arrivèrent jusqu’à Senlis et jusqu’à Chantilly, aux portes de Paris. Le gouvernement, quittant la capitale, s’était retiré à Bordeaux, et avait confié la défense de Paris au général Galliéni.

 

La victoire de la Marne:

 

Sur la Marne, le général Joffre a regroupé son armée. Quand il juge le moment venu, il donne l’ordre de l’offensive générale. L’heure est venue, dit-il, d’avancer coûte que coûte et de se faire tuer plutôt que de reculer. Pendant que le général Castelnau arrête les allemands à Nancy, pendant que Galliéni organise une armée nouvelle dans le camp retranché de Paris et attaque l’ennemi sur son flanc droit dégarni, Joffre attaque de front le 5 septembre. L’élan de nos troupes est tel, que les allemands, jusque-là victorieux, reculent puis se débandent, laissant entre nos mains des prisonniers et du matériel, et s’enfuient jusqu’à l’Aisne, à 100 kilomètres du point de départ (5-11 septembre 1914). La bataille de la Marne, véritable miracle d’intelligence et de la bravoure française, sauva la France et le monde d’un désastre irrémédiable. C’est un des plus grands et des plus beaux faits de notre histoire.

 

La guerre de tranchées:

Pendant l’hiver 14-15, la guerre subit un temps d’arrêt. Il fallut s’habituer à cette guerre d’usure, lente et triste, à laquelle le soldat français était si peu préparé. Les armées ennemies, enfouies dans la terre, à cent mètres l’une de l’autre, formant une ligne continue de la mer du Nord à Belfort, attendent dans l’inaction, sous la pluie ou sous la neige.

 

De temps en temps, ici ou là, des patrouilles se rencontrent, se battent, se tuent quelques hommes, font des prisonniers. L’artillerie envoie quelques obus, une fusillade éclate à la moindre alerte; mais tout le monde sent que ce n’est pas une véritable guerre.

 

Pendant ce temps, à l’arrière, dans les usines allemandes organisées pendant la paix pour la guerre, dans les usines françaises et anglaises organisées en pleine guerre, on fabrique fiévreusement des canons et des munitions qui serviront pour les prochaines offensives.

 

 

Essai d’offensive française:

L’année 1915 fut marquée par deux brillants essais d’offensive françaises. La première, vigoureusement soutenue par les anglais eut lieu en Artois. Grâce à l’artillerie lourde qui faisait son apparition, nos régiments purent sortir des tranchées, avancer sur un terrain nivelé et s’emparer du plateau de Notre-Dame-de-Lorette. C’est une véritable victoire, qui ne put pas être exploitée faute de réserves de munitions.

La seconde offensive, plus large et mieux préparée ut lieu en Champagne. Après un bombardement de soixante-dix heures, nos troupes attaquèrent l’ennemi sur un front de 25 kilomètres, l’enfoncèrent et firent 25 000 prisonniers (27 septembre 2015). L’offensive en Champagne avait été combinée avec une offensive franco-anglaise en Artois, qui fut aussi un succès local considérable.

 

La grande offensive allemande de Verdun:

Les allemands préparaient une grande offensive. Le 22 février 1916, avec une puissante artillerie et avec des troupes d’assaut précédées de nappes de gaz asphyxiants, ils attaquèrent sur le front de Verdun.

 

Cette bataille, la plus longue de l’histoire, dura cinq mois. D’abord notre commandement fut surpris et nos soldats furent déconcertés par l’intensité du feu de l’ennemi. Nous dûmes évacuer les forts avancés de Verdun et nous replier sur la place. Pendant quelques semaines, à la fin de février et au commencement de mars. Pendant quelques semaines, à la fin de février et au commencement de mars, l’inquiétude étreignit tous les coeurs. Verdun n’était qu’une ville comme les autres, mais elle avait une valeur de symbole; il semblait aux yeux du monde entier que si les allemands réussissaient à la prendre, c’était le signal de notre défaite définitive.

 

Le général de Castelnau et le général Pétain réussirent à arrêter les allemands au mois d’avril. L’assaut reprit plus acharné encore en mai et en juin et le fort de Vaux tomba aux mains de l’ennemi. De nouveau la situation fut grave. Mais en juillet, l’armée allemande d’assaut fut définitivement arrêtée. Le 14 octobre, nos troupes, prenant l’offensive reconquirent tout le terrain perdu et le 2 novembre, elles réoccupèrent le fort de Vaux.

 

Ainsi finit par une victoire éclatante, cette bataille gigantesque, qui dura du 22 février jusqu’au 2 novembre 1916 et qui fut, à n’en pas douter, le commencement de la ruine de l’Allemagne. Elle nous avait coûté beaucoup de sang, elle nous avait donné beaucoup de gloire et elle était féconde en résultats.

 

Jamais la France n’a été aussi belle que pendant cette guerre. C’est elle qui a soutenu le premier choc de la barbarie et a sauvé la civilisation sur la Marne et à Verdun. C’est elle qui a fait le plus grand effort militaire contre l’ennemi commun. C’est elle qui a sacrifié le plus grand nombre d’hommes à la cause commune, puisqu’elle compte un million et demi de morts. Elle a été, comme on l’a dit justement, la Jeanne d’Arc des nations, c’est à dire qu’à une heure trouble, elle a versé son sang pour défendre et pour sauver cette patrie commune qui est la civilisation”.

 

Auteur inconnu

 

 

 

 

 

 

 

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